Dans les villages de Koro, les communes de Nioro, les quartiers de Ségou ou encore les localités rurales de Koulikoro, un changement silencieux mais profond est en marche depuis plusieurs années. Ce changement porte un nom : JIGIYA, qui signifie « espoir ».Mis en œuvre par l'Alliance CAEB-Cordaid avec l'appui financier de l'Ambassade du Royaume des Pays-Bas, le programme Jeunes Leaders – Santé de la Reproduction des Adolescents et Jeunes (JL-SRAJ/JIGIYA) accompagne depuis 2019 les adolescents et les jeunes des régions de Kayes, Koulikoro, Ségou et Mopti afin qu'ils deviennent les premiers acteurs de leur propre développement.Aujourd'hui, alors que le programme entre dans sa septième année de mise en œuvre, les résultats témoignent de l'impact d'une approche qui place les jeunes au cœur de la solution.
Investir dans la jeunesse pour changer durablement les communautés
Dès sa conception, JIGIYA a fait un choix audacieux : faire confiance aux jeunes.À travers les groupes SR/EPC, les réseaux de jeunes leaders, les clubs d'écoute, les émissions radios, les initiatives communautaires et les activités génératrices de revenus, le programme a permis à des milliers de jeunes filles et garçons d'acquérir des connaissances sur la santé reproductive, les droits humains, le leadership et l'engagement citoyen.À fin 2025, plus de 72 500 adolescents et jeunes, dont une majorité de filles, participent activement aux groupes SR/EPC mis en place par le programme. Plus de 2,1 millions de jeunes ont été touchés par des informations fiables sur la santé reproductive, les IST, les grossesses non désirées, le mariage d'enfants, l'excision et d'autres thématiques essentielles à leur bien-être.
L'autonomisation économique au service de la santé
L'une des innovations majeures du programme réside dans l'association entre santé reproductive et autonomisation économique.Grâce à l'approche « Épargner Pour le Changement », les jeunes apprennent à gérer des ressources financières, développent des activités génératrices de revenus et renforcent leur autonomie.À ce jour, près de 17 000 activités génératrices de revenus ont été créées par les jeunes bénéficiaires. Ensemble, ils ont mobilisé plus de 661 millions de FCFA au sein de leurs groupes. Ces ressources permettent non seulement de soutenir leurs activités économiques, mais aussi de répondre à certains besoins liés à leur santé, leur éducation et leur insertion sociale.
Faire des choix éclairés pour sa santé
Le deuxième pilier du programme, intitulé « Choix », vise à permettre aux jeunes d'accéder aux services adaptés à leurs besoins.Les résultats sont encourageants. Plus de 321 000 jeunes filles utilisent aujourd'hui des méthodes contraceptives modernes et plus de 154 000 jeunes garçons utilisent le préservatif comme moyen de prévention. Le programme collabore avec plus de 210 structures sanitaires et espaces d'information afin d'améliorer l'accès des jeunes aux services de santé reproductive.Au-delà des chiffres, ce sont des milliers de jeunes qui prennent désormais des décisions plus éclairées concernant leur santé et leur avenir.
La voix des jeunes au cœur du changement social
Le troisième pilier du programme repose sur une conviction forte : les jeunes ne sont pas seulement des bénéficiaires, ils sont des acteurs de changement.Aujourd'hui, plus de 7 500 jeunes leaders sont engagés dans des actions de sensibilisation, de plaidoyer et de mobilisation communautaire. Ils organisent des causeries éducatives, animent des émissions radios, participent aux espaces de décision et dialoguent avec les autorités locales, les leaders religieux et les communautés.Leur engagement a notamment contribué à la signature de conventions communautaires ayant permis à 908 communautés d'abandonner l'excision ou le mariage d'enfants. Un résultat remarquable qui démontre que le changement des normes sociales est possible lorsque les communautés elles-mêmes deviennent porteuses du changement.
Des défis qui persistent
Malgré les avancées enregistrées, plusieurs défis demeurent.L'insécurité dans certaines zones, notamment dans la région de Mopti et Kayes continue de compliquer la mise en œuvre des activités. Le départ de certains jeunes leaders pour les études, le mariage ou la migration, la réticence de certains leaders religieux et la diminution de certains projets d'offre de services de santé reproductive constituent également des défis importants.À cela s'ajoute la montée de la désinformation, notamment sur les réseaux sociaux, qui rend encore plus nécessaire la diffusion d'informations fiables et adaptées aux jeunes.
Construire l'avenir au-delà du programme
Alors que le programme se poursuivra jusqu'en septembre 2027, l'accent est désormais mis sur la pérennisation des acquis.Parmi les perspectives envisagées figurent le renforcement de l'offre de services de santé reproductive, la mise en place de kiosques d'orientation pour les jeunes au niveau des centres de santé, le développement de partenariats stratégiques avec les leaders religieux à travers le RIPOD, ainsi que l'amélioration de l'accès des jeunes entrepreneurs au financement.L'ambition est claire : faire en sorte que les changements observés aujourd'hui continuent de produire leurs effets bien après la fin du programme.
Plus qu'un programme, un mouvement
Après plus de six années d'intervention, JIGIYA est devenu bien plus qu'un projet de santé reproductive.Il est aujourd'hui un mouvement porté par des milliers de jeunes, de parents, de leaders communautaires, de services techniques, de collectivités et de partenaires qui croient qu'un adolescent bien informé, autonome et engagé peut transformer sa communauté.Et partout où ces jeunes prennent la parole, sensibilisent leurs pairs, développent une activité économique ou défendent les droits des filles, l'espoir continue de grandir.JIGIYA porte bien son nom.